Les récits 2010

Voilà, c'est fini

Avant la dernière épreuve, pas de folie au campement des filles mardi soir. Toutes les Amazones sont parties se coucher tôt. La peur du canoë ? Peut-être. La volonté de se préserver avant une longue journée qui va se terminer en beauté par la soirée de l'année ? Plus probablement. Mayotte 2010, voilà, c'est presque fini. Pour certaines équipes mercredi matin c'est l'occasion de remercier les amis, les sponsors, les entraîneurs. Les plus astucieuses ont préparé des t-shirt spéciaux ou emporté un feutre pour écrire sur leurs vêtements. A ce petit jeu, Marie-Christine, Isabelle et Marie-Cécile de Corsairfly ont fait très fort. Elles ont l'air de cyclistes engagées sur le tour de France. Même leurs casquettes regorgent de messages. « Maella et Romane, » les deux prénoms des enfants d'Isabelle sont tagués sur sa visière. Sur sa poitrine, on lit « Merci aux plongeurs du donjon et aux archers de Sainte-Geneviève-des-Bois. » « Je voulais leur rendre hommage, grâce à leurs conseils par exemple, sur le tir à l'arc nous avons récupéré 25 minutes de bonus sur les 30 possibles », savoure Isabelle.

Après un long trajet vers le nord-est de l'île, à Mamoudzou, « capitale » de Mayotte, les aventurières débarquent près de la Halle du marché, devant le comité départemental de tourisme. Chez les BEM Girls, Gwénaëlle boîte bas. Elle a sa cheville enrubannée. « Heureusement qu'il n'y a que 2 kilomètres de course », sourit la longiligne nantaise. Albane des Mama au Raid et Mimsy des Frogs - Comanex notamment, s'apprêtent à vivre le même calvaire avec elles aussi une cheville très douloureuse. Le départ en ligne est donné. Toutes les filles s'élancent. Les Frogs - Comanex Delphine et Valérie, ont perdu leur blessée dans la cohue. Elle est devant elles en fait. « Je me suis dit plus j'irais vite, plus vite le calvaire sera terminé », raconte Mimsy. Sauf que les Frogs ont des cuisses de grenouille, mais pas les bras de Rambo, donc la promenade de 16 km à canoë s'annonce longue. « Dans les coups de mou on pense fort à Coco, c'était notre première fan l'an dernier, toujours à nous envoyer des mails et elle s'est tuée dans un accident de voiture », lâche Valérie les yeux humides. Avant cette épreuve finale, Jetski Village possède encore 8 minutes et 20 secondes d'avance sur les Doujas de Mayotte. Mais les locales sont meilleures que les tenantes du titre en canoë. Alors Céline, Karelle et Anaïs de Jetski Village tentent de semer à la course à pied les Doujas, soutenues par une quinzaine de proches. Seule Fabienne parvient à s'accrocher au rythme des premières. Un peu plus loin, à la queue leu leu, les filles d'Europa défilent, liées par un élastique. D'autres équipes se tiennent par la main pour trouver un rythme commun et soutenir l'aventurière la plus fatiguée. Annie-Léa des Fun Girl's and co est tirée par le bras. Blessée, Véronique est littéralement portée par ses deux copines de L'Arbre Vert placées autour d'elle.

Après un petit tour à la sortie de la ville, dans un jardin aménagé, les filles regagnent la plage pour choisir leur canoë. Car parmi les 75 embarcations, 8 bateaux sont différents. Ils s'écopent d'eux-même, mais sont plus petits. Lors de la première course de canoë, cette embarcation avait, semble-t-il, avantagé les raideuses qui avaient dû affronter des vagues transformant les autres canoës en baignoires. Jetski Village, les Doujas de Mayotte et TDI Informatique s'emparent des canoës classiques. GK Girls, troisième au classement général, tente l'option inverse et prend un canoë plus petit car un orage tropical s'est abattu sur l'île quelques minutes plus tôt. Au bout de quelques coups de rames, TDI Informatique qui s'était imposé lors de la première épreuve de canoë remonte son retard une fois sur l'eau et fait la course en tête. Derrière, les Doujas sont revenues à hauteur de Jetski Village. Les locales, suivies depuis la rive par les enfants torses nus qui les encouragent, assurent le rythme. Au milieu du nuage de taches jaunes et oranges sur la mer, Alice et Fanny des Tamaka prennent le large. Elles se rapprochent ainsi du bateau à moteur de leurs amis venus les soutenir. « On vous regarde, Fanny vas-y plus fort sur les rames », lance l'un des supporters. Après l'îlot M'Bouzi, les vagues sont plus fortes. Les Doujas de Mayotte distancent Jetski Village. Les Poissons Rouges comptent tout haut pour se donner le rythme. Elles reviennent et doublent les tenantes du titre. Derrière, les GK Girls peinent avec leur embarcation différente. Au milieu de la meute, difficile de se faire une place. Les embarcations s'entrechoquent. Les Blue Raideuses 78 sont déportées vers le large. Attention, plus loin c'est Madagascar ! GK Originals est parfaitement synchronisé et remonte quelques places. Loin devant les autres Amazones, TDI Informatique emmené par Emmanuelle, championne de surf et habituée du Raid L'Arbre Vert Amazones, parvient enfin à l'arrivée. « L'eau c'est vraiment notre domaine, savoure la capitaine de route de TDI Informatique. On a eu du mal lors du trek, et puis on ne se connaissait pas encore toutes les trois en compétition. Mais nous reviendrons l'an prochain. » Dans la foulée les Doujas de Mayotte remontent leur canoë sous l'arrivée. Elles regardent leur temps. Derrière, les Poissons Rouges en terminent avec le Raid Amazones. Jetski Village arrive enfin. Après dix heures de souffrance pour les meilleures, et une semaine de compétition, tout s'est joué à moins de cinq minutes entre les deux premières formations. Ce soir, lors de la grande soirée finale, Alexandre Debanne va donc annoncer que les filles de Jetski Village Anaïs, Karelle et Céline conservent leur titre. Michel Leuthy, le PDG de l'Arbre Vert, le sponsor principal de l'épreuve propose également aux lauréates d'être leur partenaire pour l'an prochain, lors de la 10e édition du Raid Amazones. Allongées dans le sable, les meilleures raideuses se congratulent. « Bravo les poulettes ! » lance Céline. « On a vraiment cru qu'on avait perdu, quand on a vu les Doujas s'éloigner, commente Anaïs. On s'était dit qu'on allait les garder à 10 m et suivre leur rythme, mais elles sont parties. A ce moment là, plus personne ne se parlait sur le canoë. Et comme sur l'eau on ne se rend pas compte de la distance et du temps, à nos yeux, on avait pris 10 minutes de retard. Heureusement, Karelle nous a relancés en nous encourageant. »

Du côté des Doujas de Mayotte, 2es, on rend hommage aux triple vainqueur. « On y a cru à un moment, mais les filles de Jetski Village ont été très fortes et n'ont rien lâché, sourit Fabienne. J'espère que nous pourrons trouver des sponsors et revenir l'an prochain. » Toutes les équipes de Mayotte sont conquises par le raid. « Nous aussi on va essayer de revenir », annoncent Alice des Tamaka, et l'équipe 100% Mahoraises.

Les équipes terminent toutes les unes après les autres. Corsairfly et les Vein'Hardes font la course sur le sable en portant leur canoë jusqu'à l'arrivée pour finir... 21e de la course. C'est aussi ça l'esprit du raid le dépassement de soi, quel que soit son niveau. Parties en avant dernière position de la plage, les Copines de l'Oued ont d'ailleurs repris une partie de leur retard en canoë. « On ne pensait pourtant pas que ce serait notre point fort », s'amuse Nadia. Les filles d'Iron bouclent aussi leur raid. « Je rêve d'une bonne douche chaude et du confort, souffle Jocya. Là, on avait vraiment l'impression de ne pas avancer avec ce petit canoë. » « Mais au final on s'est toujours soutenues, d'ailleurs quand l'une de nous avait un coup de mou, une autre lui disait dis donc t'es mollassonne là. Et l'autre lui répondait attend tu vas voir, et elle mettait la gomme, c'était marrant, » rigolent Marie-Claude et Catherine.  

« On a fait un mauvais choix en prenant un canoë qui s'écope tout seul », soupirent les filles d'Europa. Mayotte Hebdo, a voulu prolonger le plaisir sur cette dernière épreuve. « Hélène a perdu sa rame en remettant sa casquette, et on a été obligées de faire demi-tour, expliquent Claire et Mélanie. Mais nous n'avons pas fini dernières cette fois. » Sur la ligne d'arrivée, une haie d'honneur se met en place. Les 200 aventurières attendent les quelques équipes encore à l'eau. C'est ça aussi le Raid Amazones. Les derniers trios sont toujours plus soutenus que les premiers. Les Baroudeuses savourent : « On a vu un dauphin ! » Mambo Sieam de Mayotte clôt cette semaine d'épreuves. Les membres de l'organisation sont jetés à l'eau. Saniyati de Maboueni Wamaj les filles de l'eau de Mayotte s'empare du micro. Autour d'elle un cercle se forme. Elle entonne les chants Mahorais qu'elle a appris aux filles dans le bus durant les trajets. L'ambiance est folle. Les Amazones font la chenille. Bruno, le co-organisateur de l'événement est aux anges: « Les filles on vous aime. »

Désormais les aventurières pleurent de joie. « C'était vraiment génial, on est contentes d'en finir, mais un peu triste quand même, sanglote Marie-Cécile de Corsairfly, l'un des principaux sponsors du Raid Amazones. On est fières de nous et de ce qu'on a accompli. » « Et puis on a découvert un pays d'une manière originale, par les sentiers, reprend Marie-Christine. Jamais je n'avais visité un pays de cette façon. C'était vraiment magnifique. La population locale nous criait: courage courage courage. » « Ça donne envie de revenir à Mayotte, avance Isabelle. Mais pour nous qui voyageons souvent puisque nous travaillons à Corsairfly, on va peut-être aussi vouloir revoir des pays que nous avions déjà fait avant, mais en effectuant des trek comme ceux là. » Car, même fatiguées, les Amazones n'ont qu'une envie. Parvenir à réunir la somme pour repartir l'an prochain. « Il y a une bonne entente entre toutes les filles, » avancent les raideuses d'Alsace Amazones qui ont terminé à deux seulement sur leur canoë puisque Sévrine a fait une hyperthermie et a été contrainte au repos. Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin. Pour la partie sportive c'est le cas. Mais il reste encore la soirée !

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octobre 2010